Innovation & Biomimétisme en 7 questions

1. Olivier, ta thèse professionnelle ITMP 2011, encadrée par John Gaynard,  portait sur le biomimétisme et innovation. Désormais tu as un blog sympa sur le biomimétisme. Pourquoi tu t’es intéressé au sujet ?

Comme beaucoup de gens, je cherchais les voies innovantes et pratiques qui permettraient de solutionner les problèmes auxquels nous faisons face comme l’effet ciseau sur les ressources naturelles (deux lames: raréfaction des matières premières et augmentation de la consommation mondiale), le réchauffement climatique ou encore la crise économique, sachant que tout est lié. Dans mes lectures, je suis tombé sur le biomimétisme et le livre de la biologiste américaine et consultante en innovation, Janine BenyusBiomimicry: Innovation Inspired by Nature . Ce fut une révélation. Enfin je lisais ce que je pensais intimement et qui apportait les solutions que j’attendais. S’inspirer du fonctionnement de la nature faisait sens, car après 3.8 milliards d’années d’évolution, la nature a appris : ce qui marche, ce qui est approprié, ce qui dure ! Alors il faut s’en inspirer !

2. Avant ton année ITMP tu avais une carrière considérable de chercheur. Quel était ton domaine et pourquoi avoir cherché une autre compétence ? 

 J’étais un « young researcher » dans un réseau européen d’excellence appelé « Cold Molécules ». C’est un domaine de la physique fondamentale qui a pour ambition le contrôle physique des réactions chimiques simples en piégeant et en manipulant les atomes optiquement avec des lasers. C’est une continuation des recherches théoriques et expérimentales du domaine des atomes froids qui a donné lieu à plusieurs prix Nobel dont un français. C’est un domaine où la frontière entre la physique et la chimie s’estompe. C’est passionnant de briser les frontières entre les silos idéologiques universitaires ou autres. Et donc pourquoi pas un physicien qui suit des cours de management de projet pour les entreprises ? Je voulais aussi faire des choses moins théoriques, plus pratiques et appliquées. J’avais des idées vagues de projets, il me fallait une base solide en gestion.

 3. Ta soutenance était en septembre 2012. Par quel chemin es-tu arrivé au blog ?
J’ai donc écrit ma thèse professionnelle sur le sujet du biomimétisme et comment l’intégrer dans les stratégies d’innovation des entreprises. Je suis devenu membre de l’association Biomimicry-Europa, dont certains membres associés étaient présents dans le public de la soutenance. Il n’existait pas beaucoup de blogs consacrés au sujet en France. A ma connaissance, il n’y en avait qu’un à l’époque. Je pensais qu’il y avait de la place pour au moins un autre. Beaucoup de sujets et news n’étaient pas traités. En novembre dernier, j’ai donc créé un blog qui fait l’écho du biomimétisme et des sujets connexes. Fin mars, je l’ai complètement modifié et il est devenu: biomimesis.fr.

4. Depuis, tu dois avoir une assez bonne idée du « mouvement biomimétisme » (si un tel objet existe !) en France en en Europe. Qu’est qui mérite notre attention ?

Le biomimétisme n’est pas un mouvement mais plutôt une approche scientifique ou une démarche d’innovation qui fait appel au transfert et à l’adaptation des principes et stratégies élaborés par les organismes vivants et les écosystèmes, afin de produire des biens et des services de manière durable, et rendre les sociétés humaines compatibles avec la biosphère. L’approche est bien connue aux États-Unis, en Allemagne ou en Chine, la France comme toujours est en retard, mais c’est en train de changer, notamment grâce à l’association Biomimicry-Europa qui fait un boulot formidable de promotion. Un centre de compétence en biomimétisme est en train de voir le jour à Senlis, le premier centre fédérateur en Europe. L’AFNOR travaille à faire entendre la voix de la France sur une norme européenne ISO sur la biomiméthique pour peser face aux Allemands. Certaines communes françaises, telle que celle de Vélizy, s’y intéressent pour rendre leur urbanisation plus soutenable écologiquement. Et puis la recherche avance comme on dit. Je ne vais pas développer cela en détail, je renvoie ceux qui sont intéressés à mon blog et au scoop.it associé.

5. Gartner publie depuis un certain moment ses courbes Emerging Technology Hype Cycle. Sais tu si le biomimétisme apparait sur leur radar des innovations à venir ?

Le biomimétisme étant une approche, on ne le retrouvera pas sur la courbe de Gartner mais on y retrouvera certainement les prouesses technologiques générées par la démarche. Des nouveaux matériaux verront le jour ainsi que de nouvelles méthodes révolutionnaires de fabrication. La maitrise de l’auto-assemblage est à ce titre très attendue. Imaginez que l’on puisse faire pousser nos produits comme on fait pousser une plante ou comme une huitre produit sa coquille. Ce n’est pas utopique, des chercheurs y travaillent. De nouveaux types de matériaux hybrides, biologiques et minéraux, qui offriront des performances et des propriétés inégalées, verront le jour.  C’est très enthousiasmant !
On comprend que le biomimétisme soit cité régulièrement par les observateurs des tendances innovantes comme une approche très prometteuse. Un des plus grands cabinets de conseil (non français) se positionne actuellement sur l’écologie industrielle qui consiste à s’inspirer des écosystèmes naturels pour mettre en relation les flux de matières entrants et sortants d’un ensemble d’entreprises. Mais d’un point de vue général au niveau des SSII, c’est encore très balbutiant voir complètement ignoré !

6. Sur ton site tu viens de mettre une interview intéressante avec Gil Burban, le PDG de Polypop, une start up biomimétique. Comment font les PME et les grands groupes ? 

Oui ce que fait Gil est passionnant. Il cultive des matériaux ! Polypop innove à la fois sur la technicité des matériaux grâce au biomimétisme, mais aussi sur son cycle de vie, son mode de production et de distribution.

Il y a trois niveaux d’inspiration du vivant : Le plus simple est de s’inspirer des formes biologiques. Le deuxième plus complexe et qui demande souvent de la R&D, c’est s’inspirer des processus biologiques. Le dernier, qui a un impact à grande échelle, c’est s’inspirer des écosystèmes naturels. On comprend que les PMEs, en dehors des start-up, n’aient pas la capacité à se lancer dans le deuxième et troisième niveau. Malgré tout, je crois que le CFI a répertorié plus d’une cinquantaine d’entreprises rien qu’en Ile de France qui pratique le biomimétisme. De grandes entreprises s’y intéressent également et ont déjà sorti des innovations inspirées du vivant comme Suez-Environnement, Airbus et Nike.

7.  Y-a t il des évènements à venir cet été?

Il y a régulièrement les conférences thématiques Mycélium de l’association Biomimicry-Europa, la prochaine est mercredi prochain. Il y a actuellement une exposition étonnante et prospective « EN VIE, aux frontières du design » à la fondation EDF à Paris jusqu’en septembre.

8. Merci !

Merci à toi, Krys !

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A propos markowskikrys

I run an advanced Masters programme on project management and innovation at ESIEE
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