Une histoire de deux nanoinnovations

En préparant une journée JUANITA – Just Use Actor Network Innovation To Act – pour un MBA finlandais (qui d’autre en voudrait!) en 2010 je cherchais une chose pas trop compliqué à leur demander à faire avant…j’attendais le RER A à Nation, j’ai pris un café et WOW j’ai vu une microinnovation! Sur le bar, les baristas avaient posé un gobelet en plastique sur lequel était écrit « poubelle ». L’idée était de persuader les gens de jeter leur reçus et autres emballages de sucre la dedans plutôt que par terre. J’ai pris des photos et j’ai envoyé aux futurs participants avec une requête : « Now, you find a microinnovation, take a picture and bring it to the course to show at the start ». Ils en on trouvé plein d’idées! Et tout ça nous a permis d’aborder les programmes-antiprogrammes autrement que par les clés de l’hôtelier et Gaston Lagaffe de Bruno Latour. Dans l’avion du retour j’ai réfléchi sur « innovation from down under…bottom up » et comment le progrès de la technoscience avait tendance à nous priver d’innover de façon ultra simple. Et j’ai eu du mal à trouver d’autres exemples dans les mois qui ont suivi. Quelques mois plus tard, l’équipe des baristas à Nation a changé et la poubelle a disparu. J’ai eu beau expliquer l’astuce et mettre des gobelets en place tous les jours avec des bribes de déchets dedans. Ca ne prenait pas racine. Les acteurs humains (PPO) n’étaient plus là! L’antiprogramme avait gagné. J’ai oublié tout ca, puis ce septembre j’arrive au bar de l’ESIEE (qui a été repris cet été par une entreprise) et en attendant le premier café de la rentrée je vois le même système mais en plus sophistiqué. Un ensemble de cubes transparents – sucre, cuillères, et une sorte de poubelle. J’ai parlé avec les nouveau gérants et ils m’ont expliqué que ca faisait partie de la politique (environmentally friendly) de l’entreprise. Un PPO très puissant! En novembre, lors de la deuxième journée JUANITA en Finlande j’ai pu illustrer la mort de la première innovation et sa diffusion et renforcement dans un nouveau écosystème. Les baristas de l’ESIEE étaient assez content…et puis juste avant Noël arrive une deuxième nanoinnovation dans le café de l’ESIEE. Un matin, sur le long bar en bois apparaissent des petits carré verts (comme des mini post its) qui forment une flèche qui va de gauche à droite. « C’est quoi ca? »… »C’est pour faire la queue, Monsieur ». J’ai pris une photo et puis depuis des semaines je regarde comment nous, les milliers d’utilisateurs de ce bar, nous laissons lentement mais surement réglementer et ordonner comme des moutons par ces quelques centimètres carrées de papier vert fluo…pas un seul mot écrit, pas d’ordres, juste des signes (préhistoriques) collés sur le bois et des explications donnés par tout le monde, des petits remontrances faites par celles et ceux qui ont compris le système, au gens qui ne connaissent ou ne suivent pas le nouveau protocole. Au lieu d’arriver au bar et de viser un petit espace ou tu peux t’accouder entre des gens et papoter avec des collègues ou découvrir des inconnus, bous voilà linéarisés, comme sur une chaîne d’assemblage ou à la Poste ou dans une banque ou une queue pour un taxi, etc. Est-ce un bienfait?

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A propos markowskikrys

I run an advanced Masters programme on project management and innovation at ESIEE
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3 commentaires pour Une histoire de deux nanoinnovations

  1. Marie dit :

    Je ne connais pas la notion « programme anti-programme », et je ne tiens pas compte de tous les paramètres. Cependant, concernant le bar de Nation, il serait intéressant de rechercher les raisons concrètes de la victoire de l’anti-programme. Pour cela, il faudrait aussi connaître les « sources d’inspiration » de l’innovation (pour le bar de l’ESSIE, il s’agit d’une politique éco-environnementale). Une fois la cause de l’innovation connue, alors il sera plus aisé de combattre l’anti-programme : pour cela, il faudra faire renaître le besoin, la cause. Le facteur humain tient une place très importante dans l’utilisation d’une innovation, mais ce facteur pourrait peut-être, dans une certaine mesure, être influencé. Par contre, il n’est pas certain que l’investissement que demande la « manipulation du facteur humain » soit rentable pour l’application d’une macroinnovation…

    • markowskikrys dit :

      Merci Marie,
      Je ferai certainement bientôt un mot sur programme-antiprogramme! Je recommande la lecture de deux petits articles assez rigolotes de Bruno Latour dans « Petites Leçons de Sociologie des Sciences » un sur Gaston Lagaffe et l’autre sur les clés de l’hôtel. Ton commentaire est très juste. Dans le jargon du P/AP on dirait « intérêts » là ou tu parles des « sources » ou « causes »; « acteur humain » ou tu parles de « facteur humain »; sont aussi acteurs « la politique éco-environnementale » et « investissement demandé ». C’est l’égalité à priori des acteurs humains et des non-humains qui donnent toute sa force à cette lecture d’une innovation.
      Pour le bar de Nation mes observations étaient très intuitifs et sporadiques… pendant la période où ça marchait, c’était l’équipe de (jeunes) baristas (dont cette poubelle était le bébé) qui maintenait le système en replaçant continuellement le gobelet, en le vidant, etc.. Aussi les clients, dont 10 ou 15% jetaient leurs petits papiers dans la mini poubelle. Mais pas d’appui hiérarchique, pas de politique. A l’ESIEE par contre quand j’ai posé des questions aux baristas, ils m’ont expliqué exactement ce que tu dis, avec autres éléments à l’appui – jus d’orange fraichement pressé, fruits sur le bar etc. En plus il y’a une politique de look de bar (les 4 cubes rapprochés : sucre, cuillères, lait, poubelle). L’espace du bar (surface de 20 metres de long), etc.

  2. markowskikrys dit :

    Bonne nouvelle au café de la ligne A du RER de la station Nation.
    1. La nanoinnovation est de retour dans une forme agrandie et plus sophistiqué
    2. Le nouveau barista (qui était dans l’antiprogramme en déc 2010) qui ne m’avait pas vu depuis mes efforts infructueuses il y un an, m’a fait un grand sourire mardi matin et m’a dit « c’est là! ».
    Le petit gobelet transparent est devenu une barquette. transparente plus grande, agrémenté d’une serviette en papier pour absorber les gouttes je suppose. Ca mérite des photos!

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